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Les Amis de la Chapelle Victoria

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65 av. Victoria, 06130 Grasse

17 Janvier 2006 : Jean-Arnold de CLERMONT

"LA PLACE DES RELIGIONS DANS L'EUROPE D'AUJOURD'HUI"

Président de la Fédération Protestante de France


Les "Amis de la Chapelle Victoria" se sont donné pour mission d'ouvrir la chapelle à la Cité, de participer à la vie citoyenne de la Ville de Grasse. Le message a été bien reçu et plusieurs représentants de la Municipalité étaient présents à la conférence du Pasteur Jean-Arnold de CLERMONT, aux côtés de représentants de l'Eglise Catholique.

C'est à une bonne soixantaine de personnes que le Président de la Fédération Protestante de France propose un partage sur sa réflexion sur la place des religions dans l'Europe d'aujourd'hui, à partir de notre situation française, assez particulière.

En effet, nos hommes politiques sont convaincus que le modèle français est unique et remarquable. Mais que pense t'on hors de France ? Probablement l'exact contraire.La loi de 1905 n'est qu'une expression parmi d'autres de la laîcité.

Déjà Gallion, Proconsul de l'Achaîe, exprime un 1er principe de laîcité : les juifs de Corinthe voulant traduire l'Apôtre Paul au tribunal, Gallion les récuse en disant : " S'il s'agissait d'un forfait ou d'un délit grave, quel qu'il soit, je vous écouterais patiemment, ô Juifs, comme il se doit ; mais s'il s'agit de débats sur des mots, sur des noms et sur votre propre loi, cela vous regarde ; moi, je ne souhaite pas en être juge. " C'est bien à cette neutralité du politique à l'égard du religieux que nous sommes attachés, nous protestants français, par notre foi et notre histoire.

Pour Jean BAUBEROT, se référant à l'Edit de Tolérance de 1787, être tolérant est la pire des choses puisque il n'est toléré d'être protestant en France que chez soi et sans être vu.
La tolérance est le contraire de la liberté
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Avec Napoléon, l'Etat reconnaît le rôle social des religions avec le financement par l'Etat des ministres des cultes et des bâtiments. Puis, progressivement, au XIX° siècle, les religions vivent une laîcisation de l'intérieur avec la perte du contrôle de l'Etat-Civil, de la santé (la prière ne suffit plus ...) le développement de la science ...

La loi de 1905 se situe dans un contexte où les catholiques, en majorité royalistes et anti-dreyfusards, sont opposés aux protestants en majorité républicains et dreyfusards.La loi de 1905 stipule que liberté de conscience vaut liberté des cultes et que l'Etat ne reconnaît aucun culte, ou plutôt que tous les cultes ont le droit d'exister dans la Société française, sans subvention.

Ce principe d'égalité est fondamental. Qu'en est-il aujourd'hui dans les faits ? C'est l'application et non le principe de la loi qui pose problème. Exemples :

  1. La liberté de conscience est elle respectée ? Plusieurs cas de refus de paiement de bons de vacances par diverses Caisses d'Allocations Familiales (Tarn) pour des camps organisés par les Eclaireurs Unionistes (association Loi 1901 n'ayant pas à être exempte de référence à un culte) car l'Etat ne subventionne aucune association à but cultuel.
  2. Les cultes sont-ils tous égaux devant la loi ? Plusieurs refus administratifs successifs opposés à une communauté africaine, Eglise Evangélique membre de la Fédération Protestante de France, d'édifier son lieu de culte en région parisienne. .

La France, pays de la séparation de l'Eglise et de l'Etat, connaît 7 régimes des cultes :la loi de 1905 n'est pas appliquée partout, puisque subsistent le Concordat qui, en Alsace et Moselle subventionne les ministres sans prélever d'impôt spécifiquement ecclésiastique, le régime catholique, une adaptation de la loi de 1905, les divers régimes d'Outre-mer comme celui de la Guyane où les ministres du culte catholique sont payés par l'Etat français, Saint-Pierre et Miquelon, Mayotte, Wallis et Futuna ...

On trouve en Europe trois grandes zones d'influence religieuse : l'Ouest Catholique, le Nord Protestant, l'Est Orthodoxe avec les zones de passage et donc de mélange que sont l'Allemagne et la Suisse. .

La population européenne est composée de 210 à 250 millions de catholiques, 90 à 100 millions de protestants, 12 à 15 millions d'orthodoxes (ou, si l'on considère la Russie, 100 millions), 13 millions de musulmans (ou, si l'on considère la Turquie, 65 millions)Plus de 50% de la population européenne ne revendique pas d'appartenance à une église. Ce sont les pays laîcs : France, Belgique, Pays-Bas, République Tchèque.

En Europe, 3 types de relations entre Eglise et Etat.

  • les pays qui ont une religion d'Etat : Grande-Bretagne, Danemark, Grèce, Norvège, Finlande.
  • Ceux qui ont établi une séparation stricte : France, Pays-Bas, Irlande, même si la majorité de la population est catholique.
  • Les pays à partenariat : Allemagne, Belgique : impôts ecclésiastiques sur la base de l'appartenance ; l'Italie : séparation avec reconnaissance d'un certain nombre de cultes qui bénéficient d'un impôt ; Espagne : jusqu'à récemment, le gouvernement espagnol prévoyait un budget destiné à l'Eglise catholique.

Les relations entre Eglises et Etats respectent presque toujours une neutralité entre politique et religion.

Quelques exceptions : jusqu'à récemment, l'Eglise d'Etat de Grèce avait tout pouvoir. En Pologne, le Pape a dû rappeler à l'ordre l'Eglise qui soutient l'empire médiatique qui a aidé à porter au pouvoir les frères jumeaux Kaczynski.

Quelle est la place du religieux dans la Société démocratique européenne ?

Le rôle des Eglises dans la Société civile se joue sur la question des migrations.

La Commission Episcopale de la Communauté Européenne, catholiques et la Commission Eglise & Société, protestante, assurent un suivi de l'évolution de l'Union Européenne.Dans le projet de traité constitutionnel, l'article II 70, mentionne la " liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement en public ou en privé, par le culte, l'enseignement, les pratiques et l'accomplissement des rites" prenant ainsi en compte les spécificités religieuses dans une société civile.

Une grande part de la Société française estime que la Société est composée de citoyens et de l'Etat et que l'Etat n'a pas à distinguer des citoyens particuliers. Or, la Société n'est pas faite que de citoyens mais de tout un réseau d'Associations, de Syndicats, du Patronat ... des Eglises, qui sont autant d'interlocuteurs pour l'Etat.

L'Union Européenne suggère que la relation entre Etats et Eglises soit plus régulière qu'elle ne l'est actuellement.

Ceux qui ont reconstruit l'Europe à la fin de la guerre étaient tous des catholiques engagés. Ces dernières années, e problème des migrations est au coeur du message des Eglises. Nous vivons sur la conviction que ce sont d'abord des frères et soeurs. Et, quelles que soient les raisons pour lesquelles ils viennent en Europe, ils doivent d'abord être traités comme tels. Notre spécificité chrétienne : mettre au service du bien commun ce qui nous vient de l'Evangile et l'Europe a reconnu cet argument en préparant sa Constitution.Les opposants à cet article I 52 objectent que lareligion est une affaire privée Mais si cela signifie que la sphère privée doit être le seul lieu d'expression de nos convictions religieuses, cela est contraire à la loi de 1905 sur la laîcité.

*Sur les différents régimes des cultes, voir : http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr

*Traité Constitutionnel Européen :

Article I-52 : Statut des églises et des organisations non confessionnelles.

  1. L'Union respecte et ne préjuge pas du statut dont bénéficient, en vertu du droit national, les églises et les associations ou communautés religieuses dans les États membres.
  2. L'Union respecte également le statut dont bénéficient, en vertu du droit national, les organisations philosophiques et non confessionnelles.
  3. Reconnaissant leur identité et leur contribution spécifique, l'Union maintient un dialogue ouvert, transparent et régulier avec ces églises et organisations.

Article II-70 : Liberté de pensée, de conscience et de religion.

  1. Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion. Ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l'enseignement, les pratiques et l'accomplissement des rites.
  2. Le droit à l'objection de conscience est reconnu selon les lois nationales qui en régissent l'exercice.

Compte-rendu : Monique Dozsa


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